Les violences urbaines gagnent du terrain, 1300 véhicules incendiés

Les violences urbaines gagnent du terrain, 1300 véhicules incendiés
Au onzième jour des violences dans les banlieues, les destructions sont allées crescendo avec un nombre record de près de 1.300 véhicules incendiés dans la nuit de samedi à dimanche, et le Premier ministre Dominique de Villepin a annoncé qu'il ferait "des propositions concrètes" dans la semaine.

Jacques Chirac a déclaré dimanche à la presse que la "priorité" est le "rétablissement de la sécurité et de l'ordre public" dans la crise des banlieues.

Le président de la République, qui s'exprimait à l'issue d'un conseil de sécurité intérieure, a également insisté sur le "respect de chacun, la justice et l'égalité des chances", pour apaiser la situation dans les banlieues.

Le Premier ministre Dominique de Villepin a annoncé dimanche "un renforcement des forces de sécurité partout sur le territoire où cela est nécessaire".

Il a lancé "un appel solennel à la responsabilité de tous" face à la crise dans les banlieues, en affirmant que "la violence n'est pas la solution".

Il a annoncé que le gouvernement va "accélérer les procédures de justice" et "faire en sorte que les individus interpellés puissent être déférés devant les tribunaux en comparution immédiate".

Il a précisé qu'il dirait lundi "aux Français les moyens que le gouvernement entend prendre et les mesures qu'il entend proposer pour avancer dans la République que nous souhaitons", celle de "l'égalité des chances".

Jacques Chirac a réuni dimanche, vers 18H20, à l'Elysée un Conseil de sécurité intérieure. Par ailleurs, le Premier ministre Dominique de Villepin s'exprimera lundi soir à 20 heures à la télévision pour "faire le point de la situation" dans les banlieues, a déclaré dimanche sur Europe 1 Jean-Louis Borloo, le ministre de l'Emploi et de la Cohésion sociale.

1.295 véhicules ont été incendiés sur toute la France, dont 554 en province et 349 personnes ont été interpellées en France dans la nuit de samedi à dimanche, selon un bilan réévalué de la direction générale de la police nationale.

Dominique de Villepin, qui a reçu en début d'après-midi des policiers et des gendarmes travaillant dans les zones urbaines sensibles, fera des "propositions concrètes" au cours de la semaine pour tenter de répondre à la crise, a annoncé dimanche son entourage.

Il devait aussi recevoir dans l'après-midi des enseignants travaillant en banlieue.

Le chef du gouvernement a ainsi poursuivi les consultations qu'il avait entamées samedi en recevant à Matignon huit de ses ministres, dont le numéro deux du gouvernement Nicolas Sarkozy, et le recteur de la Grande Mosquée de Paris, Dalil Boubakeur.

Le président de Plaine commune (agglomération regroupant huit communes de Seine-Saint-Denis), Patrick Braouezec, a demandé lui aussi à être reçu par le Premier ministre et exigé un "Grenelle des quartiers".

"Ces violences récentes sont révélatrices d'un malaise profond", a-t-il dit, soulignant que priorité devait être donnée à une "égalité d'accès et de traitement" pour les populations des banlieues.

"C'est véritablement un épisode de guerilla urbaine", s'est écrié de son côté le président de l'Assemblée nationale Jean-Louis Debré en visitant le quartier de la Madeleine à Evreux, dont il est maire, et qui a connu de graves dégradations la nuit dernière.

Par ailleurs, sur la centaine de personnes déférées devant la justice, a annoncé la Chancellerie, une vingtaine de personnes majeures ont été condamnées à de la prison ferme en Ile-de-France depuis le 27 octobre.

La majorité des véhicules incendiés le sont toujours en région parisienne (741) mais la contagion aux cités de provinces s'accroît: le chiffre de voitures endommagées y a doublé la nuit dernière (554 contre 241 la veille). Dans le centre de Paris, trente-deux véhicules particuliers ont été incendiés et trente personnes interpellées, selon la préfecture de police.

Outre ces 32 véhicules détruits par le feu, 19 autres ont été "endommagés ou dégradés par la propagation des flammes", a précisé la préfecture. Les voitures incendiées l'ont été notamment dans le IIIè arrondissement, près de la place de la République, ainsi que dans le XVIIè, selon la police.

Ces nouveaux chiffres portent à près de 3.500 le nombre de véhicules incendiés depuis le début des émeutes, selon un décompte établi par l'AFP sur la base des bilans quotidiens fournis par la police nationale. Les violences avaient démarré en banlieue parisienne le 27 octobre, à Clichy-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis, après la mort de deux jeunes, électrocutés dans un transformateur d'EDF où ils avaient trouvé refuge alors qu'ils se croyaient poursuivis par la police. Selon ce même décompte, plus de 800 interpellations ont été effectuées depuis le 27 octobre. En région parisienne, les départements des Yvelines et de Seine-et-Marne ont connu un regain de violence, alors que le Val D'Oise est en baisse. Les autres départements de la couronne parisienne sont restés "stables", selon la police nationale.

Après les Yvelines et les Hauts-de-Seine la veille, le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy avait choisi, pour la nuit de samedi à dimanche, l'Essonne et le Val-de-Marne pour rencontrer des policiers confrontés quotidiennement à la violence et admonester quelques adolescents interpellés à Courcouronnes près d'un stock de barres de fer, de cocktails molotov et de pieds de biches.
Dans l'Essonne, plusieurs bâtiments, dont deux classes d'une école maternelle à Grigny et un MacDo de Corbeil-Essonnes défoncé par une voiture-bélier, se sont embrasés. "Brûler une école, c'est inacceptable mais celui qui a mis le feu c'est Sarkozy", pestait samedi soir un parent d'élève de Grigny. Dans l'Essonne toujours, à Evry, un atelier de confection artisanale de cocktails molotov situé dans un local désaffecté de la police municipale a été découvert samedi soir dans un quartier du Parc aux Lièvres. Six mineurs ont été interpellés alors qu'ils en sortaient.

A Clichy-sous-Bois, "berceau" des violences urbaines où le calme semblait revenu, le gymnase Armand Desmet a entièrement brûlé dans la nuit. A Athis-Mons, deux personnes ont été légèrement blessées par intoxication et une centaine évacuées dans la nuit après l'incendie d'un foyer Sonacotra, selon un journaliste de l'AFP sur place et la préfecture d'Evry.

En province, les régions les plus touchées par ces violences ont été le Nord, l'Eure, l'Eure-et-Loir, la Haute-Garonne et la Loire-Atlantique. A Toulouse notamment, une cinquantaine de voitures ont été incendiées, vingt-cinq à Bordeaux et une vingtaine dans le Haut-Rhin.

Sur le plan politique, le développement des émeutes a été l'occasion de joutes oratoires notamment entre le premier secrétaire du PS François Hollande et Brice Hortefeux, le bras droit de Nicolas Sarkozy. François Hollande a jugé "intolérables" les propos du ministre de l'Intérieur tandis que Brice Hortefeux répliquait que "Nicolas Sarkozy a le soutien de l'opinion publique (...), les encouragements du parlement et la confiance du Premier ministre".

# Posté le dimanche 06 novembre 2005 14:56

Modifié le jeudi 07 juin 2007 01:50

Les violences urbaines empirent et s'étendent en France

Les violences urbaines empirent et s'étendent en France
Au onzième jour des violences dans les banlieues, les destructions vont crescendo malgré les appels au calme, avec un nombre record de près de 1.300 véhicules incendiés dans la nuit de samedi à dimanche, y compris en province et à Paris, le bilan le plus lourd depuis le 27 octobre.

Jacques Chirac a déclaré dimanche à la presse que la "priorité" est le "rétablissement de la sécurité et de l'ordre public" dans la crise des banlieues.

Le président de la République, qui s'exprimait à l'issue d'un conseil de sécurité intérieure, a également insisté sur le "respect de chacun, la justice et l'égalité des chances", pour apaiser la situation dans les banlieues.

Le Premier ministre Dominique de Villepin a annoncé dimanche "un renforcement des forces de sécurité partout sur le territoire où cela est nécessaire".

Il a lancé "un appel solennel à la responsabilité de tous" face à la crise dans les banlieues, en affirmant que "la violence n'est pas la solution".

Il a annoncé que le gouvernement va "accélérer les procédures de justice" et "faire en sorte que les individus interpellés puissent être déférés devant les tribunaux en comparution immédiate".

Il a précisé qu'il dirait lundi "aux Français les moyens que le gouvernement entend prendre et les mesures qu'il entend proposer pour avancer dans la République que nous souhaitons", celle de "l'égalité des chances".

Jacques Chirac a réuni dimanche, vers 18H20, à l'Elysée un Conseil de sécurité intérieure. Par ailleurs, le Premier ministre Dominique de Villepin s'exprimera lundi soir à 20 heures à la télévision pour "faire le point de la situation" dans les banlieues, a déclaré dimanche sur Europe 1 Jean-Louis Borloo, le ministre de l'Emploi et de la Cohésion sociale.

Dominique de Villepin a reçu ce dimanche à Matignon à 15H00 des policiers et gendarmes "mobilisés dans les zones urbaines sensibles" puis à 16H15 des enseignants travaillant en banlieue, a annoncé le service de presse du Premier ministre.

1.295 véhicules ont été incendiés sur toute la France, dont 554 en province et 349 personnes ont été interpellées en France dans la nuit de samedi à dimanche, selon un bilan réévalué de la direction générale de la police nationale. La majorité des véhicules incendiés le sont toujours en région parisienne (741) mais la contagion aux cités de provinces s'accroît: le chiffre de voitures endommagées y a doublé la nuit dernière (554 contre 241 la veille). Dans le centre de Paris, trente-deux véhicules particuliers ont été incendiés et trente personnes interpellées, selon la préfecture de police. Outre ces 32 véhicules détruits par le feu, 19 autres ont été "endommagés ou dégradés par la propagation des flammes", a précisé la préfecture. Les voitures incendiées l'ont été notamment dans le IIIè arrondissement, près de la place de la République, ainsi que dans le XVIIè, selon la police.

Ces nouveaux chiffres portent à près de 3.500 le nombre de véhicules incendiés depuis le début des émeutes, selon un décompte établi par l'AFP sur la base des bilans quotidiens fournis par la police nationale. Les violences avaient démarré en banlieue parisienne le 27 octobre, à Clichy-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis, après la mort de deux jeunes, électrocutés dans un transformateur d'EDF où ils avaient trouvé refuge alors qu'ils se croyaient poursuivis par la police. Selon ce même décompte, plus de 800 interpellations ont été effectuées depuis le 27 octobre. En région parisienne, les départements des Yvelines et de Seine-et-Marne ont connu un regain de violence, alors que le Val D'Oise est en baisse. Les autres départements de la couronne parisienne sont restés "stables", selon la police nationale.

Après les Yvelines et les Hauts-de-Seine la veille, le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy avait choisi, pour la nuit de samedi à dimanche, l'Essonne et le Val-de-Marne pour rencontrer des policiers confrontés quotidiennement à la violence et admonester quelques adolescents interpellés à Courcouronnes près d'un stock de barres de fer, de cocktails molotov et de pieds de biches.


Dans l'Essonne, plusieurs bâtiments, dont deux classes d'une école maternelle à Grigny et un MacDo de Corbeil-Essonnes défoncé par une voiture-bélier, se sont embrasés. "Brûler une école, c'est inacceptable mais celui qui a mis le feu c'est Sarkozy", pestait samedi soir un parent d'élève de Grigny. Dans l'Essonne toujours, à Evry, un atelier de confection artisanale de cocktails molotov situé dans un local désaffecté de la police municipale a été découvert samedi soir dans un quartier du Parc aux Lièvres. Six mineurs ont été interpellés alors qu'ils en sortaient.

A Clichy-sous-Bois, "berceau" des violences urbaines où le calme semblait revenu, le gymnase Armand Desmet a entièrement brûlé dans la nuit. A Athis-Mons, deux personnes ont été légèrement blessées par intoxication et une centaine évacuées dans la nuit après l'incendie d'un foyer Sonacotra. En province, les régions les plus touchées par ces violences ont été le Nord, l'Eure, l'Eure-et-Loir, la Haute-Garonne et la Loire-Atlantique. A Toulouse notamment, une cinquantaine de voitures ont été incendiées, vingt-cinq à Bordeaux et une vingtaine dans le Haut-Rhin.

Sur le plan politique, le développement des émeutes a été l'occasion de joutes oratoires notamment entre le premier secrétaire du PS François Hollande et Brice Hortefeux, le bras droit de Nicolas Sarkozy. François Hollande a jugé "intolérables" les propos du ministre de l'Intérieur tandis que Brice Hortefeux répliquait que "Nicolas Sarkozy a le soutien de l'opinion publique (...), les encouragements du parlement et la confiance du Premier ministre".
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# Posté le dimanche 06 novembre 2005 15:04

Inquiétude et résignation à Nogent-sur-Oise après l'incendie d'un pavillon

Inquiétude et résignation à Nogent-sur-Oise après l'incendie d'un pavillon
Les habitants d'un quartier de Nogent-sur-Oise où deux sexagénaires ont été secourus in extremis dans l'incendie criminel de leur pavillon dans la nuit de samedi à dimanche, étaient inquiets et en même temps résignés après cet acte sans précédent.

"Pourquoi moi?", s'interroge Thomas, 65 ans, encore sous le choc dimanche de ce qui vient de lui arriver, devant le rez-de-chaussée entièrement détruit de son pavillon. "Par crainte de représailles", il refuse d'en dire plus au correspondant de l'AFP.

Les deux voitures garées dans la cour de sa maison ne sont plus que deux carcasses calcinées. Les incendiaires ont enjambé le portail en fer forgé noir qui clôt le jardin pour mettre le feu aux véhicules, selon la police.

Les flammes se sont ensuite propagées au rez-de-chaussée de la maison. Thomas et sa femme, âgée de 61 ans, ne doivent leur salut qu'à l'intervention rapide d'un voisin, de policiers et des pompiers.

Les habitants de leur rue, qui refusent de parler directement à la presse mais acceptent de s'exprimer anonymement par téléphone, avouent leur crainte d'être à leur tour victimes de nouvelles violences.

Située près du quartier dit sensible de la Commanderie, qui n'a pas été émaillé de violences samedi soir, la rue est "plutôt tranquille" habituellement, reconnaît une voisine. Mais les feux de voitures ou de poubelles n'y sont pas rares, ajoute-t-elle.

"C'est malheureux à dire, mais il est assez fréquent que des voitures brûlent, dès qu'il y a un match de foot ou un événement particulier. Quand on habite avec +eux+, il faut faire avec...", commente un autre riverain, évoquant des bandes de jeunes de la Commanderie.

"Mais aucun pavillon n'avait jamais été incendié", souligne-t-il, songeur.

"Ca m'inquiète, mais qu'est-ce que vous voulez faire?", soupire une autre voisine, refusant de dévoiler son identité car "il vaut mieux se méfier, on ne sait jamais...".

Une femme raconte être sortie de sa maison samedi soir en entendant des "bruits d'explosions" (les réservoirs des véhicules incendiés) et avoir vu "des voisins essayer d'aider les gens à sortir de leur pavillon avec une échelle" par l'arrière de la maison, l'entrée principale étant barrée par les flammes. "Si ça doit m'arriver, ça m'arrivera...", conclut-elle, fataliste.

Les sexagénaires étaient conscients lorsque les pompiers les ont évacués de leur logement. Incommodés par les fumées, ils ont toutefois été conduits au Centre hospitalier de Creil mais n'y ont séjourné qu'une partie de la nuit.

La mairie de Nogent-sur-Oise cherchait dimanche une solution pour les reloger, selon la préfecture.

# Posté le dimanche 06 novembre 2005 15:07

Modifié le jeudi 07 juin 2007 01:49

Hollande: les propos de Sarkozy sur les banlieues sont "intolérables"

Hollande: les propos de Sarkozy sur les banlieues sont "intolérables"
Le premier secrétaire du Parti socialiste François Hollande a affirmé dimanche à Lille que les propos de Nicolas Sarkozy au sujet des violences qui touchent les banlieues depuis dix jours étaient "intolérables".

"Les propos de Nicolas Sarkozy sont intolérables", a souligné M. Hollande à la presse, alors qu'il faisait campagne sur un marché de Lille. "Pour mesurer la gravité de la situation, pensez aux populations qui vivent dans ces quartiers qui sont les premières victimes".

"Quand on est ministre de l'Intérieur, on ne peut pas parler comme tout le monde", a estimé le numéro un du PS.

Le premier secrétaire du PS a appelé le président de la République à s'exprimer sur les violences. "Je voudrais entendre les paroles de Jacques Chirac aujourd'hui (...) Pas simplement de la compassion et un silence gêné: il faut prendre ses responsabilités", a-t-il estimé.
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# Posté le dimanche 06 novembre 2005 15:09

Modifié le jeudi 07 juin 2007 01:49

Violences dans les banlieues: la contagion par l'image

Violences dans les banlieues: la contagion par l'image
La thèse gouvernementale sur "les bandes organisées" jouant les pyromanes d'une banlieue à l'autre fait sourire des jeunes des Mureaux qui assurent que leurs actions sont improvisées "d'après ce qu'ils voient à la télévision".

"C'est comme une compétition", dit Moussa (les prénoms ont été changés NDLR), adolescent franco-malien du quartier des Musiciens. "On voit ce que les autres font à la télévision, on essaie d'être à la hauteur".

Chaque soir depuis le début du "dawa" (le bordel), une dizaine de copains de Moussa qui se connaissent depuis l'enfance se retrouvent "comme pour un match de foot" autour d'un téléviseur dans leur HLM aux cages d'escaliers décrépites, aux murs roses et blancs. Même "uniforme" pour tous: tennis de marque, jeans baggy, sweat à capuche, cette dernière, de préférence blanche, mangeant le visage.

"On kiffe trop de voir tout flamber à la télé", se réjouit Youssef. "Le 9-3, je connais pas - je sors presque jamais de mon quartier sauf pour aller au bled en Algérie - mais on communique avec les mecs de Seine-Saint-Denis via l'écran, toutes les chaînes passent des images, même les télés arabes sur satellite".

"On se défie à distance", renchérit Mamadou, Malien de 19 ans, qui participe aux violences avec deux de ses jeunes frères. "Ceux de Clichy brûlent 15 voitures, il faut faire mieux, mais on quitte jamais notre territoire".

Ces jeunes affirment ne pas être des "caïds" qui existent selon eux dans le quartier mais préfèrent que les cités soient calmes pour faire prospérer petits et grands trafics. "Les caïds, ils aiment pas trop que les keufs soient là, alors en ce moment, ils sont pas à la fête", plaisante Youssef.

"Si on parle de nous à la télé, si on dit qu'on a été caillasser les keufs (policiers), pour nous c'est une victoire, une façon de montrer qu'on est des hommes, comme au Mali pour les rites de passage" à l'âge adulte, assure Moussa, soudain grave.

La télévision véhicule aussi des images qui les stimulent autrement, de manière négative: "on voit tout le temps la face de Sarko (le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy ndlr) à l'écran, ça me donne la rage, je voudrais tout brûler quand je l'entends nous cracher dessus. La racaille c'est lui", hurle presque Jean-Jacques, un autre membre du petit groupe.

Souvent rivaux, les groupes de jeunes de banlieues différentes se sont unis dans la colère contre la police, accusée une fois encore d'avoir provoqué la mort de deux jeunes, électrocutés à Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) le 27 octobre, dans la fureur contre Nicolas Sarkozy et ses propos sur la "racaille" et dans le rejet d'une société dont ils se sentent exclus.

"Je n'aime pas les bandes de Chanteloup (les-Vignes, Yvelines), je ne connais personne à Clichy, mais on est tous dans la même galère, tous pas de la bonne couleur, pas de la bonne religion, sans avenir, sans taf (travail)", dit ce jeune musulman au chômage. "C'est aussi pour ça qu'on se comprend et qu'on s'entend sans se connaître".

Parfois, plus rarement, l'information passe de manière plus directe via des SMS avec des "cousins" d'autres banlieues, voire de province. "Kes kvou cramé cte nuit?", interroge ainsi via son téléphone portable Mamadou, à l'adresse d'un de ses cousins du Nord. "Tous kon peu et ++++", répond l'interessé dans une orthographe tout aussi revisitée.

# Posté le dimanche 06 novembre 2005 15:13